J’ASSUME

Mais que suis-je allée faire dans cette galère ?

Éditions de l’Observatoire

Entrer en politique, une folie ? Virginie Calmels est une « dame de faire » : s’engager pour changer les choses est la seule ambition qui la guide.

Pour la jeune chef d’entreprise à la carrière fulgurante, les défis à relever ne manquaient pas. C’est pourtant à l’intérêt général qu’elle décide de se consacrer avec force, en intégrant un monde où elle n’est qu’une débutante : la politique. Pour estimer sa vie plus remplie. Pour lui donner plus de sens.

Engagée aux côtés d’Alain Juppé aux municipales à Bordeaux en 2014, elle est propulsée tête de liste aux élections régionales en Nouvelle-Aquitaine en 2015. Aux primaires de la droite et du centre, elle soutient son mentor, puis François Fillon, avant de participer à la reconstruction des Républicains. Elle se retrouve au cœur de la pire campagne présidentielle pour la droite, et confrontée à un monde d’une extrême violence.

Libérale, favorable à un État fort sur ses missions régaliennes, résolument pro-européenne, moderne sur les questions de société, adversaire de toute forme de communautarisme, Virginie Calmels s’exprime pour la première fois sur la défaite de la droite et l’avenir de son camp avec un œil neuf et distancié, mais surtout avec un engagement et une vision pleinement assumés.

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EXTRAITS DU LIVRE

Nous partageons avec vous quelques extraits du livre de Virginie Calmels

De chef d'entreprise à la politique

« La dame de faire ».

Ce titre, choisi un jour de 2014 par L’Express pour un article qui m’était consacré, m’avait plus que fait plaisir ; il illustrait à mes yeux et de façon idéale cette vision et cette volonté qui n’ont jamais cessé d’être les miennes et que je résumerai ainsi : s’engager pour changer les choses. Durant ces quatre dernières années, j’ai été poussée dans le grand bain du monde politique, que j’ai appris à connaître. À travers les fonctions que j’ai pu y exercer, j’ai veillé à appliquer ce qui était déjà ma marque de fabrique lorsque je dirigeais des entreprises : le discours est nécessaire, respectable, mais il ne prend son sens que s’il est suivi d’actions réelles et organisées pour le mettre en œuvre, et que ses résultats sont évalués de manière incontestable.

Cette détermination à appréhender l’action politique par son aspect le plus concret, je la dois à ma nature forgée par mon éducation ainsi qu’à cette chance d’avoir pu accéder très jeune aux responsabilités à la tête d’entreprises. En regardant dans mon rétroviseur, je trouve que tout est allé en effet bien vite dans ma vie professionnelle. Thomas Jefferson avait coutume de dire « plus je travaille, plus la chance me sourit ». Et sans vouloir le paraphraser, j’ai effectivement eu beaucoup de chance. Directrice financière de Numéricâble à vingt‐sept ans, directrice générale déléguée de Canal+ à trente‐et‐un ans, PDG d’Endemol France à trente‐six ans, directrice générale déléguée d’Endemol Monde cinq ans plus tard, et présidente du conseil de surveillance d’Euro Disney un an après… Une vie professionnelle intense et une ascension rapide qui m’ont surtout per‐ mis d’être confrontée à des expériences multiples et de beaucoup apprendre, tant en termes de technicité financière et de gestion, qu’en matière de management, autant au sein de grands groupes d’envergure mondiale (plus de sept mille salariés chez Endemol) que de structures plus ramassées, jusqu’à une start‐up ! Mais j’ai surtout eu la chance de pouvoir « faire » : gérer, négocier, manager, donner un cap, et imprimer ma « marque ». Ce fut des moments forts, rudes parfois, mais toujours exaltants.

Vint la quarantaine qui sonnait l’heure du bilan, et le regard de jeune quadragénaire que j’avais sur ma vie professionnelle était positif : des objectifs largement dépassés, des résultats salués et récompensés, un carnet d’adresses que Xavier Niel qualifiera dans l’émission de Canal+ « Le Supplément » à laquelle j’étais invitée de « plus beau carnet d’adresses que tout politique rêve d’avoir ». Il est vrai que j’étais honorée, après vingt ans de vie professionnelle, de la confiance de mes amis qui sont issus de milieux très variés, voire inatten‐ dus ! Mais le nombre importe moins que la sincérité, la fidélité et la profondeur du lien réciproque que nous entretenons et, à cet égard, je dois confesser que ma jeune expérience politique m’en aura fait prendre plus que jamais conscience. Quoi qu’il en soit, j’aurais pu poursuivre ma route dans le monde de l’entreprise sans trop me poser de questions et en relevant de nouveaux défis. J’ai d’ailleurs toujours en mémoire le « coup de sang » de l’un de mes amis proches, chasseur de têtes anglo‐saxon réputé, qui a tout fait pour me dissuader d’aller en politique, m’expliquant que j’entrais dans la période la plus belle et la plus cruciale de ma carrière – voire la plus lucrative – et m’indiquant que les plus beaux jobs me tendaient les bras alors que je ne trouverais que le caniveau dans les écuries d’Augias de la République ! J’en ai pourtant décidé autrement. Ce savoir‐faire acquis au fil des années, l’atout majeur que constitue la richesse de mes expériences professionnelles successives, j’ai choisi un beau matin de les mettre au service de l’intérêt général tel que je l’imaginais. Et ce en décidant d’intégrer un monde dont je ne connais‐ sais rien, ou presque : le monde politique. Je l’ai fait à un moment où rien ne m’y obligeait. Je l’ai fait par choix. Par décision personnelle. Par conviction. Parce que je voulais accomplir ce passage pour estimer ma vie remplie, parce que c’était d’une certaine façon ma quête de sens.

Quitter une telle carrière pour la vie politique, une folie ? Serais‐je une « drôle de femme » ? On a le droit de le penser. Accepter de prendre des risques sans for‐ cément savoir où l’on va, ce qui suscite l’interrogation chez certains constitue, à mes yeux, une force. « L’im‐ portant, ce n’est pas la destination, mais le voyage en lui‐même » écrivait Robert Louis Stevenson. J’en ai fait l’une de mes maximes favorites depuis toujours. Alors j’ai laissé derrière moi un rachat d’entreprise par LBO (Leverage by out ou « achat à effet de levier : un financement d’acquisition par emprunt) valorisé à 500 millions d’euros pour aller à Bordeaux, ville de mon enfance, faire de la « politique ». Un pari fou où rien n’était prévu, organisé ni planifié. Mais je me suis fiée à moi, à ma capacité de travail et à mon étoile, en me disant que, de toute façon, toute expérience était bonne à vivre, et quoi de plus excitant que de se mettre au service de ses concitoyens ?

Au fil du temps, je découvrirai que mon engagement politique, comme j’en avais eu l’intuition, était probablement inscrit sur ma « feuille de route ». Au hasard des rencontres, des actions que j’ai menées sur le terrain, j’ai vu peu à peu s’assembler les pièces d’un puzzle dont je commence à découvrir maintenant la forme générale. Il y a entre ma vie professionnelle passée et ce que j’entreprends aujourd’hui en politique un lien, une cohérence. Le choix insensé d’hier devient aujourd’hui une évidence. Mais avec ses combats quotidiens d’un milieu qui est loin d’être le mien …

Si je devais qualifier en un mot l’expérience politique telle que je l’ai ressentie au quotidien, je choi‐ sirais : intense ! En réalité, impossible de la réduire à un seul terme. Violente. Tumultueuse. Parfois déconcertante. Souvent irrationnelle. Mais aussi – et heureusement – passionnante.  

Des convictions

Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, le candidat de la droite ne sera pas qualifié au second tour de la présidentielle. Pire : 33,5 % des votants se porteront sur Marine Le Pen au second tour – un record – et seize millions de Français ne choisiront pas entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, alors que Mélenchon et Le Pen ont représenté à eux deux 40 % des votants au premier tour.

C’est ce constat factuel mais alarmant qui m’a poussée en septembre 2017 à m’engager pour la reconstruction de la droite, loin des querelles intestines et picrocholines, loin des divisions qui ont fait tant de mal. Je ne sais pas où cela mènera au final mais je sais que j’aurais eu le regret de ne pas avoir essayé si j’avais laissé les choses en l’état. Le regret de ne pas me battre pour mes convictions. Le regret de ne pas faire exister un quatrième bloc face à Emmanuel Macron et aux deux extrêmes, pour proposer aux Français un autre chemin possible. Le regret de ne pas proposer des solutions pour combattre le chômage et le déclassement qui sont perçus comme des fatalités, pour mettre fin à la résignation face à l’islamisation rampante des quartiers, pour faire progresser l’efficacité de la gestion de l’argent public et préserver notre « modèle social ». Enfin, je voulais ne jamais regretter de ne pas avoir agi pour prendre publiquement la parole pour aborder des sujets qui fâchent mais qui demeurent à force de ne rien dire : oui, la France est un pays suradministré, oui c’est pour cette raison qu’il marche moins bien et non pas mieux, oui de très nombreux Français ont soif de liberté mais aussi de responsabilité, oui ils ont soif par-dessus tout de courage politique et d’être enfin écoutés et représentés.

C’est vrai que dans l’univers politique, mon profil dénote. Il surprend et même désarçonne. Je suis une femme, mère de famille, issue de la société civile. Je suis diplômée de trois cursus supérieurs de management et des affaires – Sup de Co Toulouse, l’expertise comptable et commissariat aux comptes, et l’INSEAD, et je suis dirigeante d’entreprise. Je n’ai pas fait l’ENA. Je suis plutôt progressiste sur certaines questions sociétales – en fait je préfère dire moderne – tout en étant attachée à la protection de la famille. Je suis humaniste. Et alors que je suis issue de l’industrie des médias, j’assume en plus mon positionnement clairement libéral populaire et à droite. Cela faisait beaucoup pour certains et pas les moins connus… Mais je suis aussi, et depuis toujours, en attente de respect de la Nation, de restauration de l’autorité de l’État, de sécurité, de justice, et de lutte acharnée contre toute forme de communautarisme et contre ce laxisme en termes de contrôle de l’immigration issu d’années de renoncement, de tête dans le sable ou pire : de clientélisme. Je souhaite un bloc régalien fort qui est à mes yeux l’incarnation de ce que doit d’abord être un État.

Dans ce que j’ai découvert s’apparenter bien souvent à une machine à broyer, j’ai tenté de ne pas céder au doute, à la volonté d’abandonner, à la capitulation alors que je me suis si souvent posé la question du pourquoi j’étais allée dans cette galère, parce que l’engagement politique demeure une mission noble et répond à une profonde quête de sens. Mon antidote, ce sont mes convictions et ma liberté, celle qui m’a permis de ne jamais dépendre de la vie politique pour vivre, ni d’aucun système, pour pouvoir conduire mes idées. Cette liberté‐là est reine et je crois profondément à une nouvelle classe politique qui saura alterner entre son engagement citoyen et un autre métier. Car quoi de mieux pour conserver un regard distancié et une vraie liberté que de ne jamais faire de la politique comme un vrai métier mais comme une mission à durée déterminée au service du plus grand nombre ? Et quoi de mieux que de rester fidèle à ses convictions, quitte à se retrouver à contre‐courant, en se disant j’assume ?

Pourquoi je ne suis pas macroniste

Je lui rétorque que je suis certes d’accord sur le côté dépassé de certaines attitudes politiciennes, mais j’ajoute que des clivages persistent et que, par exemple, s’il ne réduit pas très vite la dépense publique, la France sera paralysée par sa situation financière, c’est donc selon moi un préalable à sa réussite. Je lui indique qu’il suit une longue liste de macronistes qui m’ont fait des appels du pied depuis des mois et qu’en écoutant attentivement Emmanuel Macron en campagne, je n’ai pas perçu une si grande proximité politique entre nous. Emmanuel Macron, c’est vrai, fait écho à ce que je souhaite pour la France : renouvellement, jeunesse, parcours inédit. De ce point de vue, eu égard à mon propre parcours, je m’y retrouve. Mais je le trouve trop étatiste. Il ne souhaite pas réduire la dépense publique et veut augmenter la CSG, alors que je défends exactement le contraire. Et je lui confirme que parfois, entendre Emmanuel Macron et son fameux « crime contre l’humanité » ou, lors de son discours à Marseille, l’entendre s’adresser aux communautés me fait bondir. Devant ma télévision, je m’étais exclamée « François Hollande, sors de ce corps ! » Pour moi Emmanuel Macron n’est pas un libéral mais un centralisateur social‐démocrate, entouré d’anciens strauss‐khaniens brillants mais relativement éloignés de mes convictions. Mon interlocuteur m’indique qu’il entend mes remarques et qu’il fera tout ce qu’il peut pour qu’Emmanuel Macron aille plus loin qu’annoncé, sous‐entendu : plus à droite. Je balaie d’un revers de la main l’idée des trois ou quatre ministres de droite, indiquant qu’il vaudrait mieux tenir compte des différentes sensibilités politiques après leur expression aux législatives plutôt qu’avant, quitte à modifier son projet présidentiel en le droitisant.  

Pour la reconstruction de la droite

On en revient aux deux lignes très distinctes chez les juppéistes, ceux de « l’identité heureuse » à laquelle Édouard Philippe appartient sans nul doute et ceux de Pour un État fort à laquelle j’appartiens. Alain Juppé étant probablement les deux en même temps, c’est d’ailleurs pour cela qu’il en apparaît complexe.

Quoi qu’il en soit, qu’Édouard Philippe n’applique pas aujourd’hui le projet d’Alain Juppé mais celui d’Emmanuel Macron est un fait qui ne souffre aucune contestation, ne lui en déplaise. Je pourrais citer la longue liste des mesures préconisées par Juppé et non mises en œuvre par le gouvernement Philippe : quotas d’immigration, restauration des peines planchers, durcissement des règles de regroupement familial, aménagement de l’aide médicale d’État, diminution du délai de traitement des demandes d’asile, fermeture des mosquées salafistes, obligation des prêches en français, suppression des 35 heures, fin des régimes spéciaux de retraite, âge de la retraite à soixante‐cinq ans, suppression totale de l’ISF, réduction de la dépense publique de 100 milliards, baisse des charges de 40 milliards, suppression de 250 000 fonctionnaires, etc.

Alors que tout ce que je viens d’énoncer est effectivement dans le tronc commun du projet de la droite auquel Laurent Wauquiez est lui aussi attaché. CQFD.

La vérité c’est qu’il n’y a que dans le domaine de l’éducation que l’on peut considérer que l’action gou‐ vernementale est globalement en phase non seulement avec le projet Juppé, mais également avec le projet Fillon. Et pour cause. Jean‐Michel Blanquer aurait été le ministre de l’Éducation d’Alain Juppé, pour lequel il avait beaucoup travaillé sur le projet qui aboutira à l’ouvrage Mes chemins pour l’École, et il aurait été celui de François Fillon, les deux me l’ont confié. Il est aujourd’hui celui d’Emmanuel Macron, preuve que la qualité et la compétence peuvent aussi parfois triompher dans le monde politique et que la nécessité de détricoter le projet porté par Najat Vallaud‐Belkacem faisait un large consensus. Il effectue un travail remarquable ce qui en fait une star du gouvernement, témoi‐ gnant ainsi de ce que la compétence éclipse la politique politicienne, à l’instar de Muriel Pénicaud ou d’Agnès Buzyn qui, elles aussi, sont issues de la société civile.

Et même si cela peut déranger certains, je continuerai à expliquer qu’on est plus cohérent à rester dans sa famille politique qu’à en partir, même si cette famille est dirigée par Laurent Wauquiez. À condition bien sûr d’en partager la vision politique et notamment sa volonté d’un régalien fort. À condition également que la ligne politique du parti ne tombe pas dans des excès de langage, ou pire, de fond, qui conduiraient à l’éclatement de la droite. Il est capital que notre famille politique reste un parti de gouvernement, un mouvement de proposition plus que d’opposition systématique ou de contestation incarnant le libéralisme conservateur républicain. Et j’y veillerai. Je reste donc totalement convaincue que c’est sur ces questions – nécessité d’un régalien fort et nécessité de ne pas tomber dans la démagogie – que vont s’opérer des césures idéologiques significatives. C’est tout le défi de la droite et de Laurent Wauquiez que d’adopter une ligne ferme et résolue, sans tomber dans la caricature. Les Français sont intelligents, ils ne supporteraient pas que la droite devienne simpliste.

Entre ceux d’un côté qui pensent qu’il n’y a pas de problème d’intégration majeur dans notre pays et que côtoyer de plus en plus de femmes voilées n’est finalement en aucun cas un souci, et ceux qui pensent que la République a déjà trop accepté en la matière, le clivage se dévoile. Je suis catholique, croyante et mes enfants sont dans une école catholique, mais je suis aussi profondément attachée à la laïcité, gage du bien vivre ensemble, et à la lutte contre toute forme de communautarisme.

La lutte contre l’islam politique fait surgir d’autres césures idéologiques : entre ceux qui semblent minimiser la portée – ou qui sont accusés de les minimiser – des faits graves comme en juillet 2014 des « Mort aux juifs ! » scandés dans les rues de Paris, ou le 26 juillet 2016 un prêtre assassiné dans son église, et ceux qui revendiquent avec force, voire parfois véhémence, qu’il va falloir sortir la tête du sable et agir durement en la matière.

La question de l’identité, à laquelle je préfèrerais la notion de « défense de la Nation », reste un marqueur indiscutable entre la gauche sociale démocrate et la droite. Et c’est notamment sur cette question que je me sens profondément de droite. Mais Emmanuel Macron n’a pas fini de nous surprendre et peut‐être osera‐t‐il sur cette question majeure « droitiser » sa position ? À titre personnel, j’aspire profondément à une plus grande responsabilité d’Emmanuel Macron sur ces sujets dans l’intérêt de notre pays car l’hystérisation du débat est telle qu’il est devenu si difficile à un acteur de droite de porter ces questions. J’en viens même à envier Manuel Valls qui va loin dans son expression mais qui évite les caricatures ou les diabolisations auxquelles la droite doit, elle, systématiquement faire face. Mais concernant le gouvernement actuel, je suis malheureusement pessimiste en la matière. Lorsqu’Emmanuel Macron parle du risque de « laïcité radicalisée », je suis heureuse de voir que même Manuel Valls critique de façon viru‐ lente ces propos en affirmant tout simplement que « le danger de la société française, ce n’est pas la laïcité radicalisée, mais l’islam radical ». 

La relation avec Alain Juppé

Dans cet article du mercredi 18 octobre 2017, intitulé au départ sur le Figaro.fr « L’étoile montante de la droite » puis transformé en « L’ambition heureuse » – toujours la même rengaine –, Alain Juppé s’exprime, ce qui est rare et n’était quasiment jamais arrivé depuis les primaires sur sa campagne. Il explique : « Virginie a été avec moi d’une fidélité totale. » Et il ajoute, concernant mon tandem avec Laurent Wauquiez : « Si je n’avais pas à lui donner la permission je lui ai donné mon avis, je n’avais pas d’objection tant que certaines lignes rouges n’étaient pas franchies. Elle m’a dit qu’elle serait vigilante. » Il assure que « le juppéisme est divers ». Une fois encore je suis d’accord avec ce que dit Alain Juppé, car pour être divers il est effectivement divers ! Revenant sur les primaires, il fait son mea culpa, ce qui est tout à son honneur : « Virginie avait une vraie capacité d’anticipation et m’avait prévenu qu’“Ali Juppé” avait été sous‐estimé dans la campagne. Ça me paraissait tellement loufoque qu’il y avait entre nous une vraie divergence d’appréciation. Peut‐être que j’aurais dû être plus vigilant pour rectifier le tir sur “l’identité heureuse” » admet‐il en déplorant « la façon dont ça a été caricaturé » par ses concurrents. « Elle m’a beaucoup aidé pendant la campagne et quand elle a rejoint celle de François Fillon c’est après m’en avoir parlé et conformément au choix que j’avais fait. » En ce qui concerne Bordeaux, il précise : « Virginie Calmels a un parcours courageux mais pas exactement celui auquel je m’attendais parce que j’avais en tête un parcours essentiellement bordelais. Je pensais qu’elle avait vocation à reprendre le flambeau. Mais elle a changé un petit peu d’objectif et s’est engagée dans un parcours national. » Cette remarque m’amuse car au fond c’est lui qui m’a précipitée presque malgré moi dans le grand bain du national alors que je savais à peine nager.

Je conclus cette interview par ces mots : « Je sais que j’ai toujours un côté un peu ovni pour certains. » Il vient probablement en partie de ce que mon enga‐ gement politique n’est pas une carrière, pas un métier, pas dicté par une ambition personnelle mais par une quête de sens en m’impliquant pour l’intérêt général, en essayant d’être utile et d’apporter quelque chose, comme j’ai pu le faire dans le secteur caritatif pen‐ dant de nombreuses années en parallèle de mes activités professionnelles.

Rassembler la droite et éviter la montée des extrêmes

J’aurai tenté à mon humble niveau d’agir pour le rassemblement, de démontrer en quoi la droite pouvait se réunir, d’insister sur nos points communs plutôt que sur nos différences, d’œuvrer à éviter une victoire à la Pyrrhus qui serait fatidique pour Laurent Wauquiez, mais plus grave pour la droite en général qui s’émietterait, pire pour la démocratie faute de poids politique suffisant d’une opposition forte et unie autre que les extrêmes. Je refuse de tomber dans le piège consistant à se battre pour faire exploser la droite, dans le seul but de se maintenir au pouvoir quels que soient les résultats obtenus, bons ou mauvais. Pourtant cela semble être la nouvelle mission de bon nombre de personnes, à Matignon, au sein des Constructifs et maintenant auprès d’Alain Juppé. Décrocher Alain Juppé de sa famille politique est bien évidemment l’objectif poursuivi pour avancer encore davantage vers une explosion de la droite. Si la tentative avait échoué lors des Vendanges de Bordeaux et si Alain Juppé avait réaffirmé à la fois son appartenance à sa famille politique et son posi‐ tionnement de droite et dans l’opposition à Emmanuel Macron, les offensives se multiplient à nouveau. Alain Juppé montre des signes de fragilité ou tout au moins d’intérêt en la matière. D’abord en recevant Édouard Philippe et en le qualifiant de « relève », ensuite en évoquant une convergence sur l’Europe qui pourrait conduire à une alliance avec Emmanuel Macron. 

(…)

J’aurai fait ce que je pouvais, à ma petite échelle, pour éviter l’éclatement et les divisions. Quand le 3 septembre 2017 dans les colonnes du JDD je répondais à Anna Cabana que « ma colonne vertébrale est intacte. Je reste ce que je suis aux côtés de Laurent Wauquiez » et qu’à la question « Votre tandem avec Wauquiez peut‐il permettre à votre parti de ne pas éclater ? », je lui répondais « c’est dans cet esprit que je le fais », je poursuivais un idéal de rassemblement. Force est de constater que cet idéal est déjà bien mis à mal, et qu’il est possible qu’il vole en éclats dans les prochains mois. Pour autant je crois profondément que c’est notre devoir de reconstruire la droite, tout en ne confondant pas rassemblement et grand écart. Autant je plaide pour la cohabitation de sensibilités différentes et complémentaires au sein d’un grand parti, autant je ne crois pas à la réconciliation de positions antagonistes. Les Républicains ont un défi de taille en perspective, mais d’une nature résolument optimiste je suis convaincue qu’il y a un chemin pour cette droite nouvelle. 

Le positionnement politique de la droite

La fougue, l’allant, l’énergie, la jeunesse, le renou‐ vellement incarnés par Emmanuel Macron auraient pu me séduire. Mais si on parle du clivage gauche‐ droite, ou du clivage pro‐ vs anti‐européen, ou du cli‐ vage conservateur‐progressiste, on oublie selon moi le clivage le plus important que je pourrai résumer sur ces trois axes majeurs : étatiste/libéral, centralisateur/ décentralisateur – ou jacobin/girondin – et technocrate/ entrepreneur. 

(…)

J’ai passé plus de vingt ans dans l’entreprise privée et je crois en la réduction drastique de la dépense publique sans réduire les services publics prioritaires, voire en les renforçant au contraire. Je suis profondément convaincue que notre pays souffre d’une suradministration et que l’État doit se concentrer d’abord et avant tout sur ses missions régaliennes. Je crois en la décentralisation des décisions et des moyens financiers inhérents et en la redéfinition des missions de l’État. Je ne crois pas que l’Élysée puisse résoudre tous les maux dont le pays souffre et je crois encore moins que tout doit passer par l’Élysée. Certains poncifs ont la vie longue comme celui qui prétend que notre pays serait trop libéral. Les gauches comme le FN s’emploient à répéter cette contre‐vérité au minimum à chaque rendez‐vous électoral et en réalité à l’approche de discussions de chaque grande réforme coupable de tuer le fameux « modèle français ». Si un jour le fact-checking parvenait à conquérir ses lettres de noblesse, alors on apprendrait dans les livres d’économies de classe de seconde qu’avec des prélèvements sociaux représentant 47 % du PIB et une dépense publique s’élevant à 57 % du PIB, la France est l’un des pays occidentaux des plus étatistes, centra‐ lisateurs et surtout suradministrés. Un « trop d’État » qui freine les initiatives et le développement économique. Avec neuf millions de pauvres et six millions de chômeurs, force est de constater que l’État‐providence, « l’État nounou », a échoué. En réalité, nous n’avons jamais eu en France ni de vraie politique libérale ni de totale décentralisation. Je suis profondément un produit de la société française méritocratique, issue d’une culture du travail et du résultat. Je n’adhère ni à l’esprit de corps ni à la défense des castes, y compris celle des fonctionnaires, par principe. Je reconnais la compétence et le talent dans la fonction publique et je les trouve peu rémunérés, mal valorisés et sous‐utilisés. Je suis intimement convaincue que la suradministration et l’étatisme forcenés conduisent à une gestion désastreuse de la dépense publique, et qu’il faudrait du courage politique réel et une capacité d’exécution pour y remédier. Lutter contre l’absentéisme en restaurant le bien‐être au travail, redonner des objectifs, de la motivation et de la reconnaissance à six millions de fonctionnaires : oui, je suis pour en limiter le nombre, mieux les rémunérer et les encadrer. Mais comme il est difficile pour des hauts fonctionnaires de s’attaquer à la baisse du nombre de fonctionnaires… Voilà le nœud gordien quand on sait que le staff gouvernemental est majoritairement composée d’énarques, pour beaucoup inspecteurs des finances. Force est de constater que la présence massive d’énarques, non pas seulement dans la haute administration mais au cœur même de la classe politique, peut expliquer en partie l’étatisme que notre pays a connu et connaît encore aujourd’hui.

Je suis également profondément convaincue que notre pays a besoin d’une thérapie de choc dans la sphère économique et fiscale et qu’on ne peut plus se satisfaire de « mesurettes ». L’allègement des charges et des impôts pour restaurer la compétitivité des entre‐ prises et améliorer le net après impôts des salariés doit être massif pour réellement produire des résultats, mais son seul préalable c’est une baisse massive de la dépense publique qui n’est atteignable qu’en décalant à soixante‐cinq ans l’âge de la retraite, qu’en harmoni‐ sant les régimes de retraite et qu’en manageant autre‐ ment la fonction publique.

Je poursuis un idéal de justice. Je revendique une volonté de lutter contre le déclassement. J’aspire à la restauration de l’ascenseur social et à la multiplication de success stories comme je peux, d’une certaine façon, moi‐même l’incarner à ma petite échelle. Dans les banlieues, dans les territoires ruraux, partout… c’est cet american dream à la française qu’il faut inventer, cette capacité à démontrer qu’avec du travail il est possible de s’en sortir, encore faut‐il œuvrer pour que ces emplois se créent et pour que travailler permette de mieux gagner sa vie que le cumul des aides sociales et d’un travail au noir.

Je prône la liberté, la responsabilité et la défense de la propriété.

Par ailleurs, je crois qu’il est plus que temps de sortir des dénis successifs en matière de communautarisme et de prendre conscience du risque de voir imposé un islam politique dans notre pays. Je refuse de laisser croire que les questions sur l’immigration sont l’apa‐ nage de l’extrême droite mais prétends qu’elles sont de bon sens par rapport à notre quotidien et qu’elles s’imposent partout dans le débat sur le territoire français. Et dès lors qu’on y répond, non pas par la haine, le rejet ou le repli sur soi mais par le pragmatisme, l’ouverture au monde et l’intégration, on peut ouvrir la porte à une nation rassemblée. Mais pour cela il est nécessaire d’instaurer des quotas comme au Canada, de ne pas confondre réfugiés politiques et immigration illégale, de faire respecter les lois de reconduction aux frontières, d’afficher la tolérance zéro face à des groupes de délinquants qui, pour certains, offrent le terreau idéal à la radicalisation et forment en leur sein de futurs djihadistes. Je prône donc l’instauration d’un état régalien fort doté de moyens supplémentaires puissants. Il en va pour moi de la dissuasion mais aussi de la capacité d’intervention et de sa propre défense. Le débat n’est plus entre intégration et assimilation car cela fait déjà bien longtemps que l’intégration est en échec, faute, entre autre, de prospérité suffisante de notre pays. À cet égard, j’ai découvert avec stupeur à la rentrée scolaire 2017 que les écoles publiques proposent des cours d’arabe aux enfants du CE1 au CM2 dont c’est la langue maternelle. « Le principe qui fonde ces enseignements, à l’origine, est que la maîtrise de la langue maternelle est un préalable nécessaire à la réussite d’une langue seconde » selon la directive européenne qui s’applique. Certains maires de communes rurales se voient même contraints d’ouvrir leur école le samedi pour dispenser ces cours d’arabe. Est‐ce vrai‐ ment le rôle de l’Éducation nationale ?

En 2016, une étude de l’essayiste Hakim El Karoui indiquait que 50 % des musulmans de moins de vingt‐ cinq ans déclaraient placer la charia au‐dessus des lois de la République. Un nombre qui fait froid dans le dos. Si nous ne pouvons que souhaiter qu’un islam de France éclairé se structure, force est de constater que ça n’a toujours pas été le cas et que ces sujets méritent d’être mentionnés avec courage pour ouvrir les yeux sur leur complexité et sur la nécessité de les traiter avec toute la réflexion qui s’impose.

Plus que jamais le débat est bien dans la défense de nos racines, de notre histoire, de notre culture. La tolérance, l’acceptation de la différence, le respect de l’altérité sont de belles valeurs tant qu’on ne passe pas à côté du bon sens, en créant des systèmes qui ne peuvent être compris et acceptés par tant de Français. Ainsi l’aide médicale d’État est une belle philosophie universaliste, mais comment expliquer à des millions de Français qui ont cotisé toute leur vie et qui ne peuvent plus se payer des soins dentaires, l’âge de la retraite venu, que près d’un milliard d’euros est consacré aux soins, pas uniquement d’urgence, d’étrangers sur notre sol n’ayant jamais cotisé ?

On pourrait débattre à l’infini de ce sujet qui touche à la façon de répartir notre richesse, mais notre problème est bien plus grave, il tient à celui de la création de richesses. C’est pourquoi il est nécessaire d’être ambitieux en matière économique comme évoqué précédemment.

Enfin, un sujet qui m’importe beaucoup et me tient à cœur est la question de l’Europe. Sans l’Europe, la France ne peut faire partie du concert des grandes nations. Mais sans une réforme de l’Europe actuelle, c’est la France que nous condamnons de nous‐mêmes au déclin. J’aime profondément l’Europe, j’ai d’ailleurs travaillé plusieurs mois aux Pays‐Bas et j’ai adoré cette expérience. Je pense qu’un citoyen a toujours inté‐ rêt à s’enrichir de l’autre, de ses voisins. Sans cela on devient sectaire, fermé, obtus. Il faut s’ouvrir au monde, construire, bâtir un collectif, et en cela l’aven‐ ture européenne est merveilleuse. Cependant, il faut retrouver de nouveaux fondements. Lorsque l’Europe s’est formée, c’était pour éviter la guerre, bâtir une grande alliance en plein contexte de guerre froide, resserrer les liens entre l’Allemagne et la France qui s’étaient affrontées par trois fois en soixante‐dix ans. Pendant longtemps, les générations de mes parents et de mes grands‐parents ont cru en cet idéal offrant un rempart contre une Europe à nouveau ensanglantée par les conflits. Aujourd’hui, le risque de guerre au sein du continent européen est quasi nul. Il s’est déplacé et a changé de formes. Et puisque cet argument ne tient plus, nos jeunes générations ont du mal à lui trouver un sens. Erasmus peut aider, mais seuls 5 % des étudiants européens en profite. Le premier quart du xxisiècle est celui de la quête de sens. C’est à la jeunesse de reconstruire l’Europe, de dessiner ce qu’elle souhaite pour les années à venir. Les plus âgés ont fait leur temps, l’Europe du xxisiècle appartient aux jeunes générations. Quel avenir veulent‐ils ? C’est à eux et à nous d’y répondre. Il faut porter un nouveau souffle, sinon tout s’écroulera. Alors, quelle Europe ? Je suis libérale, pro‐européenne, mais je l’affirme clairement et sans ambiguïté : je refuse catégoriquement une Europe fédérale, technocratique et dirigiste, qui ferait définitivement perdre à la France sa souveraineté, qui la condamnerait à renoncer à sa culture et à sa spécificité et qui étoufferait nos citoyens. Je ne crois pas au modèle de « start‐up nation » d’Emmanuel Macron. La France est une grande nation, elle n’a pas vocation à se dissoudre au sein de l’Union européenne. Si le discours de la Sorbonne du président avait des élans philosophiques pro‐européens séduisants, je combats avec vigueur le projet qu’il porte vers plus de fédéralisme. Contrairement à ce que certains essayent de faire croire, notre troisième voie, entre le projet fou de Marine Le Pen – on ne sait plus trop ce qu’elle pense d’ailleurs – et celui fédéraliste de Macron, est résolument pro‐européenne. Quelle Europe voulons‐nous ? Il y a cette peur béante de notre classe politique, depuis des années, d’oser critiquer l’Europe actuelle. Comme si tout se passait bien. Comme s’il n’y avait pas de crise migratoire à régler, de crise agricole, industrielle, ou de crise économique. L’Europe à cercles a déjà été proposée par quelqu’un en qui j’ai une profonde admiration et qui n’est pas connu pour son euroscepticisme : Édouard Balladur. Il faut être capable de recréer un noyau dur de pays européens avec plus de convergences économiques et fiscales. Un taux d’impôt sur les socié‐ tés qui serait uniformisé et rabaissé autour de 20 %. Un Code du travail similaire, pour éviter le dumping social à l’intérieur du noyau dur de l’Union européenne. Plus de collaborations, de synergies. Il faudra débattre pour déterminer les contours les plus efficients de ce noyau dur, comme il faudra débattre de la façon la plus pragmatique d’y parvenir – renégociation des traités, propositions concrètes, etc. Ensuite, la zone euro pourrait constituer un deuxième cercle. Et pour finir, une vaste zone de libre‐échange, qui permettrait également de ramener dans notre giron nos voisins britanniques.

L’Europe que j’aimerais serait bâtie avec infiniment moins de normes déconnectées de la réalité. Elle mettrait fin à la technocratie, à l’opacité, à l’empilement de règles et de taxes. Nos dirigeants n’ont pas conscience que c’est bien souvent le seul lien que nos artisans et entrepreneurs ont avec l’UE. Quels sentiments en gardent‐ils si on les matraque en permanence par des règles venues d’ailleurs ?

Cette Europe, je la rêve également résolument au service de notre sécurité. Avec plus de coopération entre nos services de police européens et nos renseignements. Une Europe capable de s’entendre pour travailler sur de véritables projets de défense. Une Europe qui a sa place dans l’OTAN, mais qui retrouverait son indépendance vis‐à‐vis des États‐Unis. Cette Europe devra également gérer une des plus graves crises migratoires de son histoire. Le contrôle aux frontières européennes devra être renforcé. Un plan de coopération avec les pays étrangers dont sont issus les principaux migrants devra être établi. Nous devons réformer les accords de Schengen, qui ne sont plus adaptés à la situation actuelle. Surtout, l’élargissement de Schengen à des pays de l’Est comme la Roumanie doit être fermement condamné. Encore un point de divergence avec le gouvernement d’Emmanuel Macron. Il faut stopper l’immigration illégale, et passer d’une logique d’immigration de masse à une immigration ciblée, en fonction de nos moyens, d’accords avec les pays d’origines, et d’emplois à la clé. Mais on ne peut se contenter de pousser un projet fort de contrôle de l’immigration au niveau national sans le porter au niveau européen, au moins du premier cercle, du noyau dur. À moins de rétablir totalement le contrôle de nos frontières nationales, ce qui serait non seulement une folie économique, mais également une impossibilité matérielle. Ce projet de durcissement du regroupement familial et des quotas d’immigration doit être porté par la France mais aussi l’Europe.

Il faut également instaurer une Europe des projets, notamment sur les sujets technologiques tel que l’intelligence artificielle. Investir massivement dans la recherche, mais également créer les conditions au niveau européen de voir de grands acteurs émerger, qui pourraient concurrence les GAFA. Je suis toujours étonnée de voir qu’alors que les États‐Unis et la Chine cherchent à être leaders dans ces domaines, l’Europe n’y consacre que de faibles investissements. Sans oublier la question monétaire.

Ce que je souhaite en fin de compte c’est une Europe forte, une Europe de la culture, constituée d’États‐ nations puissants. Nous ne devons pas perdre notre souveraineté. Mais il ne faut pas être naïfs et croire qu’on s’en sortira seuls, en tombant dans un discours bêtement souverainiste. L’Union européenne a fait la grave erreur d’accélérer le processus de construction politique, plus rapidement que le volet économique, et s’est ainsi mis à dos une partie des citoyens.

La vision « eurocritique » à laquelle je crois et que la majeure partie de la droite défend, est aux antipodes du projet de Marine Le Pen qui prône la sortie de l’euro, l’immigration zéro ou le rétablissement total de nos frontières.

Mon aspiration à une politique intérieure luttant contre l’étatisme dans la sphère économique et donnant à l’État toute sa place dans ses missions régaliennes s’accompagne d’une volonté farouche que nous nous dotions d’une réelle politique industrielle pour aborder les défis de la troisième révolution industrielle qui conduira à une destruction et – on l’espère – à une création massives d’emplois. Le seul niveau approprié pour faire face à ces enjeux et aux investissements nécessaires est le niveau européen du premier cercle, le noyau dur. Bien sûr, en France, nous devrons lutter contre la technocratie et la surtransposition des normes européennes et repenser le droit de la concurrence qui empêche des géants européens d’émerger. Ce que nous voulons c’est l’approfondissement de l’Europe et non pas l’élargissement prôné par les euro‐béats.

Mon envie est simple : FAIRE et remettre du bon sens dans l’action. Oser parler vrai et fuir la démagogie. Mais assumer être de droite aujourd’hui n’est pas tendance, voire s’éloigne du politiquement correct. La mauvaise foi généralisée trouble le débat public et confisque la réflexion de fond. La caricature, y compris entre membres d’une même famille politique, dénature totalement les projets, les idées, les convictions. Mais surtout, et c’est sans doute le plus triste de mes constats, les intérêts personnels dominent tout. 

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